17.07.2017, 00:01  

Les étals se remplissent de chanvre légal

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Même texture, même odeur. L’herbe CBD ressemble en tous points à son cousin prohibé. Si ce n‘est qu’elle contient une très faible dose de THC.

ENQUÊTE - Du magasin spécialisé à la supérette, le marché du cannabis CBD se développe dans la région. Le point sur le phénomène.

antoine guenot

antoine.guenot@lacote.ch

Logo design sur la vitrine, murs blancs, mobilier épuré. Au premier coup d’œil, on penserait à un magasin de cosmétiques ou à une pharmacie classique. Sur les étals, cependant, on ne trouve que des produits à base de chanvre: huiles, baumes, aliments. Bienvenue chez Cannathèque, nouvelle enseigne nyonnaise estampillée bien-être et sise en plein cœur du quartier de...

antoine guenot

antoine.guenot@lacote.ch

Logo design sur la vitrine, murs blancs, mobilier épuré. Au premier coup d’œil, on penserait à un magasin de cosmétiques ou à une pharmacie classique. Sur les étals, cependant, on ne trouve que des produits à base de chanvre: huiles, baumes, aliments. Bienvenue chez Cannathèque, nouvelle enseigne nyonnaise estampillée bien-être et sise en plein cœur du quartier de Rive.

L’ouverture de cette boutique fait figure de première en Suisse romande. Il s’agit en effet de la première succursale francophone de la société Swiss Cannabis SA, basée à Soleure. Une véritable chaîne qui essaime à toute vitesse outre-Sarine: en moins d’une année, la marque y a ouvert pas moins de quinze boutiques.

Dans leur gamme de produits, les magasins de Swiss Cannabis proposent aussi de l’herbe à fumer. Celle-ci contient du cannabidiol, plus connu sous le nom de CBD. Cette marie-jeanne légale est arrivée sur le marché il y a près d’une année. Elle contient moins de 1% de tétrahydrocannabinol, le fameux THC. Soit un dosage si faible de cette substance psychotrope qu’il ne risque pas de faire planer.

Selon la loi suisse, il ne s’agit donc pas d’un stupéfiant. Sa vente demeure toutefois réservée aux plus de 18 ans, au même titre que le tabac. Reste qu’elle fait couler beaucoup d’encre depuis quelques mois.

Curieux et policiers au rendez-vous

Pas étonnant, donc, que l’inauguration de la boutique nyonnaise ne soit pas passée inaperçue. «Nous avons eu la chance d’accueillir beaucoup de visiteurs et de curieux de tous âges et horizons», assure sa gérante, Nathalie Charrière. Mais celle-ci a aussi reçu la visite de deux agents de police. «Ils ont été rassurés de voir que nos emballages de fleurs de chanvre (ndlr: d’herbe à fumer) sont sertis. Ce qui nous permet de garantir un produit au taux de THC inférieur à 1%. Ils nous ont aussi demandé de bien veiller à donner les tickets de caisse à nos clients et de leur demander de n’ouvrir les emballages qu’une fois chez eux.»

Pour la police, le produit fait en effet figure de casse-tête: sans procéder à des analyses, impossible de différencier l’herbe légale de l’illégale, leur texture et leur odeur étant similaires. Ce qui peut potentiellement donner lieu à des quiproquos lors de contrôles (lire encadré «Pas de dispositif spécial pour Paléo»).

A Morges aussi

Si Cannathèque est la première chaîne du genre à s’implanter dans la région, d’autres magasins spécialisés ont également ouvert ces derniers mois. Toujours à Nyon, à la rue du collège, Hemp at Home vend des produits à fumer et propose même un service de livraison à domicile.

Du côté de Morges, on observe le même phénomène. A l’Impasse de l’Hôtel de ville, le Grasshopper fait commerce d’herbe CBD depuis le mois de mai. «Mais nous proposerons prochainement toute la gamme de produits de CBD», précise son propriétaire, Benoît Zimmermann. Avant d’ajouter: «Le magasin est rentable même s’il pourrait mieux fonctionner.»

Le jeune entrepreneur reste convaincu qu’il y a un marché à conquérir. Ce qui le pousse à le penser? La diversité de profils des clients qui poussent la porte de son magasin. «Pour un tiers, il s’agit de jeunes, majeurs, qui veulent être à la mode et fumer sans avoir d’effets psychotropes. Pour l’autre tiers, de personnes malades, qui souffrent de sclérose en plaques, d’arthrose ou d’insomnies. Elles disent que fumer leur fait du bien.» Pour le dernier tiers, de simples curieux, dit-il.

Du kiosque à la Coop

Mais les kiosques s’y sont mis aussi. A l’instar de celui des Arcades, à Rolle, tenu par Felicia Garrido. «A la base,je ne pensais pas forcément suivre le mouvement. Mais il y avait une telle demande!», explique-t-elle. Elle fait le même constat que le Morgien Benoît Zimmermann: «Parmi les acheteurs, il y a tous les âges. Certains ont entre 60 et 70ans. Ils disent fumer pour soulager leurs jambes.» Elle affirme écouler en moyenne 20 paquets de CBD par semaine.

Enfin, Coop vient tout juste de se lancer dans la vente d’herbe agrémentée de tabac, sous la forme de cigarettes classiques. Un choix qui fait déjà tousser les milieux de la prévention ainsi que certains partis politiques, l’UDC et le PBD en tête. Migros, en revanche, n’envisage pas de distribuer le produit pour le moment.

Des vertus qui restent à démontrer

Avec l’arrivée du CBD, fumer un joint serait-il devenu anodin? «Non. Le fait de fumer demeure toxique, qu’il s’agisse de tabac ou de CBD», répond Martine Monnat, médecin cantonal adjoint. Quant à l’effet thérapeutique de la substance, il n’est pour l’heure pas confirmé. «Un faisceau d’indices laisse penser que le CBD pourrait avoir des effets sur la détente musculaire, sur les nausées et l’anxiété. Mais cela n’est pas démontré. Dans tous les cas, il n’est pas autorisé à titre de médicament.» Ainsi, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) interdit aux vendeurs toute mention suggérant un quelconque effet bénéfique sur la santé des consommateurs. «A l’instar d’un effet calmant ou d’un sédatif», indique l’OFSP.

Quant à la question de savoir si oui ou non le CBD constitue une porte d’entrée vers la fumette illégale, là aussi le milieu médical reste prudent: «C’est un sujet nouveau, qui nous interpelle, mais nous n’avons pas assez de recul pour répondre à cette question», déclare Martine Monnat.

Quid du CBD au volant?

Certaines stations-service commercialisent aussi de l’herbe à moins 1% de THC. C’est notamment le cas de Migrol, à Gland, situé le long de la route suisse. «Sur conseil de la police, nous recommandons à nos clients de garder leur paquet fermé jusqu’à la maison», indique Evelyne Affolter, tenancière de la station. Si la loi n’interdit pour le moment pas formellement de fumer du CBD au volant, les milieux médicaux et préventifs le déconseillent. A l’instar d’Addiction Suisse, sur son site: «Car il est difficile d’estimer quand la limite légale de 1,5 microgramme de THC par litre de sang est atteinte.»

Pas de dispositif spécial pour Paléo

Pas rare de sentir l’odeur d’un pétard dans l’enceinte de Paléo. Mais l’arrivée du CBD, qui ressemble en tous points à son cousin prohibé, ne rendra-t-elle pas la tâche de la brigade des stup’ plus compliquée? «Pas plus que lors d’une soirée à Lausanne, où il y aurait beaucoup de monde», répond Jean-Christophe Sauterel, officier de presse de la Police cantonale vaudoise.

Cela signifie que la police n’a pas prévu de dispositif particulier dans le cadre du festival. Elle suivra la même ligne que dans l’espace public traditionnel: «Si une personne majeure est en possession d’un sachet de CBD fermé et que celle-ci détient une preuve d’achat, elle ne sera pas inquiétée», explique Florence Maillard, chargée de communication.

En cas de doutes sérieux, l’agent pourra toutefois saisir la marchandise et dénoncer le consommateur. «Si ce dernier reconnaît son tort et qu’il est majeur, il devra payer une amende d’ordre. S’il a moins de 18 ans, il sera dénoncé au Tribunal des mineurs. Enfin, si le contrevenant fait opposition, le Ministère public est compétent pour ordonner une analyse qui déterminera le taux de THC dans la marchandise.»


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